Je m’appelle Delphine. J’ai 35 ans. Je vis avec Hippolyte depuis dix ans maintenant. Le début de notre histoire a été assez mouvementé. Une passion dévastatrice. Ça aurait pu finir en mauvaise tragédie grecque. J’adore la Grèce. C’est là que nous nous sommes connues avec Hippo, un été à Mykonos.
Nous allions fêtées nos un an et j’ai pété un plomb : j’ai fait une tentative de suicide. Les hauts et les bas de la relation me fatiguaient trop nerveusement et je n’avais pas résolu certains problèmes qui remontaient à mon enfance. Je ne gérais plus mes émotions, très certainement depuis le début de la relation. Ça a été le bas de trop pour moi. Quand je me suis réveillée à l’hôpital, Hippo était là. Elle est restée à mes côtés. J’ai su alors à quel point elle m’aimait. J’ai pris la décision d’être hospitalisée puis de suivre une thérapie.
J’ai rapidement rebondi, en quelques mois. Les médecins parlaient de progrès fulgurants. Mes amis, ma famille, même mes collègues m’ont entourée. Hippo était toujours là, malgré les mois que j’ai passé en étant détachée de tout, malgré la dépression, malgré le manque de libido. J’ai pris conscience de ce que j’avais risqué de perdre. Pas seulement la vie, mais le plus bel amour qu’il me fut donner sur terre. J’ai fini par trouver la paix et j’ai repris foi en la vie.
Lorsque la loi sur le mariage homosexuel est passée en France, nous avons décidé de nous marier. C’était le cours naturel des choses. Nous avons construit notre bonheur petit à petit. Nous avons deux enfants. Chiara a cinq ans et Ulysse trois. Pendant que je vous parle, Hippo les a amenés au parc pique-niquer. Chiara doit être en train de faire tourner sa robe que sa grand-mère lui a offerte pour son anniversaire. Et Ulysse, qui est coquin, adore jouer avec les cerises. Généralement, toute la famille finit par avoir sa paire de boucles aux oreilles. Mon bonheur, aujourd’hui c’est eux.
Si je vous parle de ça aujourd’hui, c’est pour vous dire que le suicide n’est pas la solution et que la vie vous réserve des surprises que vous ne pouvez imaginer. Personne ne mérite que vous vous suicidiez pour lui. Si vous vous sentez partir, appelez les urgences psychiatriques, appelez un ami, appelez moi.
Simone Ulrich (S.U)
Le but de ce blog est simple : réunir suffisamment de textes de 400 mots pour présenter un projet séduisant à un éditeur.
Une idée : publier un texte de 400 mots (10% de marge autorisés) sur n'importe quoi. Une histoire, une recette de cuisine, un lieu, un personnage, un phénomène, une blague, un dialogue, un argumentaire, une scène, un souvenir ou un rêve... le tout étant de rester attractif pour un lecteur.
Envoyez votre texte à novatxer@gmail.com!
Vous pouvez aussi vous abonner à ce blog et devenir écrivain de novatxer!
vendredi 30 janvier 2009
mercredi 28 janvier 2009
Contre nature
Elle m’avait appelé pour me proposer de venir fêter les cinquante ans de Jean-Pierre. Ça faisait peu de temps que j’étais dans l’équipe et j’étais flattée de l’attention soudaine que me portait la capitaine. La soirée devait se passer dans un bar du quinzième arrondissement. Je connaissais l’endroit pour y passer tous mes jeudis soirs après l’entrainement de rugby.
Une fois là-bas, outre que je baissais de loin la moyenne d’âge, je me rendis compte que nous étions peu de filles de l’équipe à avoir été conviées. Je rentrais dans le cercle fermé. Vers la fin de la soirée, elle m’approcha et me parla de mon homosexualité. Elle semblait curieuse mais son aveu tomba comme un cheveu sur la soupe : « c’est quand même contre-nature ». Je la toisai sans haine, à peine touchée par l’absurdité de son discours. Je décidai en moi-même de lui faire ravaler ses propos. Et pour cela il ne servait à rien de palabrer pendant des heures.
Après cette soirée, nous passâmes tous nos jeudis soirs à nous raccompagner jusqu’à la porte de chez nous, dans un tango de va-et-vient. Je la séduis avec ce poème :
Sur le chemin du non-retour
Je traverse la ville seule avec mes pensées infernales
Dans ce désert de grisaille j’avance les yeux embrumés par la peur
Délavés par les pleurs
Taciturne je réponds en écho au silence
À l’absence
Chaque pas en avant est un soupir volé par le temps
Chaque pas en arrière est une victoire de la Mort
Chaque pas en avant est un défi au sexe des anges
Tu marches à mes côtés engourdie par la bise hivernale
Sous une noirceur opaline tu souris de mes rêves fous ma douce folie
Ma mélancolie
Nocturne tu fais vibrer les cordes de mon âme en rosacée
À caresser
Chaque pas en arrière est un baiser noyé dans le vent
Chaque pas en avant est une petite mort
Chaque pas en arrière est un défi étrange
Nous avançons à pas lent vers l’inconnu vital
Démarche féline, fragilité cristalline grisées par le froid
Ne reste que l’émoi
Laissons-nous aller aux mystères
A quoi sert sinon d’être sur terre ?
Chaque pas en avant est un acte de bravoure
Chaque pas en avant est une preuve d’amour
Chaque pas en arrière n’est qu’un pas à refaire
Nous sommes restées ensemble trois ans. Elle n’a jamais assumé notre relation au grand jour. Encore hier, et malgré sa relation actuelle avec un homme, elle m’avouait qu’une fille sait mieux lui faire l’amour. Aujourd’hui, je n’essaye plus de séduire par orgueil.
Une fois là-bas, outre que je baissais de loin la moyenne d’âge, je me rendis compte que nous étions peu de filles de l’équipe à avoir été conviées. Je rentrais dans le cercle fermé. Vers la fin de la soirée, elle m’approcha et me parla de mon homosexualité. Elle semblait curieuse mais son aveu tomba comme un cheveu sur la soupe : « c’est quand même contre-nature ». Je la toisai sans haine, à peine touchée par l’absurdité de son discours. Je décidai en moi-même de lui faire ravaler ses propos. Et pour cela il ne servait à rien de palabrer pendant des heures.
Après cette soirée, nous passâmes tous nos jeudis soirs à nous raccompagner jusqu’à la porte de chez nous, dans un tango de va-et-vient. Je la séduis avec ce poème :
Sur le chemin du non-retour
Je traverse la ville seule avec mes pensées infernales
Dans ce désert de grisaille j’avance les yeux embrumés par la peur
Délavés par les pleurs
Taciturne je réponds en écho au silence
À l’absence
Chaque pas en avant est un soupir volé par le temps
Chaque pas en arrière est une victoire de la Mort
Chaque pas en avant est un défi au sexe des anges
Tu marches à mes côtés engourdie par la bise hivernale
Sous une noirceur opaline tu souris de mes rêves fous ma douce folie
Ma mélancolie
Nocturne tu fais vibrer les cordes de mon âme en rosacée
À caresser
Chaque pas en arrière est un baiser noyé dans le vent
Chaque pas en avant est une petite mort
Chaque pas en arrière est un défi étrange
Nous avançons à pas lent vers l’inconnu vital
Démarche féline, fragilité cristalline grisées par le froid
Ne reste que l’émoi
Laissons-nous aller aux mystères
A quoi sert sinon d’être sur terre ?
Chaque pas en avant est un acte de bravoure
Chaque pas en avant est une preuve d’amour
Chaque pas en arrière n’est qu’un pas à refaire
Nous sommes restées ensemble trois ans. Elle n’a jamais assumé notre relation au grand jour. Encore hier, et malgré sa relation actuelle avec un homme, elle m’avouait qu’une fille sait mieux lui faire l’amour. Aujourd’hui, je n’essaye plus de séduire par orgueil.
vendredi 23 janvier 2009
Le fruit de la honte
Mon frère était petit, je ne devais pas être beaucoup plus grande. C’est mon premier souvenir de la Honte. La Honte n’a pas supporté une insatisfaction dans une agence France Télécom. Pour faire entendre sa suprématie de cliente, la Honte a débranché les ordinateurs des employés. La Honte était fière, elle avait réussi à semer la consternation.
La Honte a organisé une fête pour mes douze ans. Elle m’a fait distribuer, avec les invitations, une liste des cadeaux que je voulais. Quelle délicatesse ! Bel apprentissage de savoir-vivre.
La Honte a été mon professeur d’histoire-géo au collège. Prof principale de ma classe. Deux années de suite. Elle m’avait promis que ça n’arriverait pas. La Honte me mettait de bonnes notes, ce qui rendait mes camarades suspicieux. Tous les élèves du collège détestaient la Honte à cause de sa sévérité. Il n’était pas bien vu d’être la fille de la Honte.
La Honte a deviné que j’étais amoureuse d’un garçon de ma classe. La Honte est allée lui demander pourquoi je ne lui plaisais pas. En pleine boum, à la fin d’un voyage scolaire. J’ai insulté la Honte devant mes copines quand elle est venue me dire bonsoir.
La Honte était excédée par tous les faits et gestes de mon père. Pas un matin, pas un soir sans que la Honte ne lui fasse un reproche. Un vrai harcèlement. La Honte était maniaque. Rien ne devait dépasser.
La Honte voulait être une élite sans en avoir la classe naturelle. On aurait dit une petite fille jouant à la maman. Elle paraissait fausse lors de ses dîners de petites mondanités.
La Honte était fière de parler de mon petit ami. Elle le réduisait à son héritage. Un bout d’immeuble dans le sixième arrondissement. La Honte n’a pas aimé que je le quitte. Mais la Honte a retrouvé de la fierté lorsque je suis sortie avec la fille d’une diplomate. Là encore, elle a désapprouvé que je mette un terme à cette histoire.
La Honte avait la folie des grandeurs. Sous ses faux-semblants d’omnipotence, la Honte a perdu le contrôle. La Honte s’est ruinée. La Honte a entraîné son mari dans sa chute, à son insu.
La Honte a harcelé son mari et pris ses enfants en otages affectifs. La justice a condamné la Honte. Mais rien n’a su l’arrêter. La Honte ne connaît pas la honte.
Je suis le fruit de la Honte. J’ai été en elle, j’en suis issue, le l’ai regardée en face, j’en ai rougi, je l’ai rejetée. Je ne veux pas devenir la Honte. Je veux pouvoir me regarder dans le miroir et y voir l’intégrité.
Yaya
La Honte a organisé une fête pour mes douze ans. Elle m’a fait distribuer, avec les invitations, une liste des cadeaux que je voulais. Quelle délicatesse ! Bel apprentissage de savoir-vivre.
La Honte a été mon professeur d’histoire-géo au collège. Prof principale de ma classe. Deux années de suite. Elle m’avait promis que ça n’arriverait pas. La Honte me mettait de bonnes notes, ce qui rendait mes camarades suspicieux. Tous les élèves du collège détestaient la Honte à cause de sa sévérité. Il n’était pas bien vu d’être la fille de la Honte.
La Honte a deviné que j’étais amoureuse d’un garçon de ma classe. La Honte est allée lui demander pourquoi je ne lui plaisais pas. En pleine boum, à la fin d’un voyage scolaire. J’ai insulté la Honte devant mes copines quand elle est venue me dire bonsoir.
La Honte était excédée par tous les faits et gestes de mon père. Pas un matin, pas un soir sans que la Honte ne lui fasse un reproche. Un vrai harcèlement. La Honte était maniaque. Rien ne devait dépasser.
La Honte voulait être une élite sans en avoir la classe naturelle. On aurait dit une petite fille jouant à la maman. Elle paraissait fausse lors de ses dîners de petites mondanités.
La Honte était fière de parler de mon petit ami. Elle le réduisait à son héritage. Un bout d’immeuble dans le sixième arrondissement. La Honte n’a pas aimé que je le quitte. Mais la Honte a retrouvé de la fierté lorsque je suis sortie avec la fille d’une diplomate. Là encore, elle a désapprouvé que je mette un terme à cette histoire.
La Honte avait la folie des grandeurs. Sous ses faux-semblants d’omnipotence, la Honte a perdu le contrôle. La Honte s’est ruinée. La Honte a entraîné son mari dans sa chute, à son insu.
La Honte a harcelé son mari et pris ses enfants en otages affectifs. La justice a condamné la Honte. Mais rien n’a su l’arrêter. La Honte ne connaît pas la honte.
Je suis le fruit de la Honte. J’ai été en elle, j’en suis issue, le l’ai regardée en face, j’en ai rougi, je l’ai rejetée. Je ne veux pas devenir la Honte. Je veux pouvoir me regarder dans le miroir et y voir l’intégrité.
Yaya
Antéros II
Depuis plus d’une heure, Antéros tournait en rond au-dessus du Louvre, à plus d’un mille d’altitude. Sa solitude lui pesait. Ses amis ne lui avaient toujours pas pardonné son coup de folie1 et son frère était toujours en lune de miel avec Psyché. Il ne pouvait oublier son amour éternel. Le caractère obsessionnel de sa pensée ne cessait de l’enfoncer un peu plus dans la noirceur. Pour rompre ce cercle vicieux, il avait décidé de s’offrir une visite nocturne du musée.
Alors que la lune se couvrait d’un épais manteau de nuages, il plongea à pic vers la Cour carrée pour aller se percher sur le toit de l’aile Sully. De la gouttière, il sauta sur le rebord du 1er étage emmenant dans sa chute quelques poussières d’ardoise. Il poussa la fenêtre qui s’ouvrit sur la salle des Bronzes. Il s’ébroua. Ses ailes étaient trempées par la pluie hivernale. Les gouttes d’eau aspergèrent le marbre du sol argenté. Il pouvait y voir son reflet : une petite poule mouillée.
Au milieu de la salle déserte brillait par intermittence une lumière. Intrigué, Antéros s’approcha de ce qui semblait être un objet protégé par une cloche en verre d’un diamètre large de deux mètres. Arrivé devant la demi-sphère, il reconnut sur le velours rouge une arme qu’il connaissait que trop bien. L’arc et le carquois avec lesquels son frère jouait étant enfant. La corde tressée en crin de centaure et l’empennage des flèches en plume de cygne étaient intacts malgré les millénaires. Du bout des doigts il caressa la bulle. Le verre tinta.
D’un geste, il défit son manteau noué à sa taille et le colla à son coude qui heurta violemment le cristal. Le verre se brisa avec fracas. Antéros saisit l’arc d’une main et le carquois de l’autre. Au rez-de-chaussée, une ombre venait de passer rapidement devant la Vénus de Milo. Des pas pressants résonnèrent dans les escaliers. D’un coup d’aile, Antéros se retrouva dehors. Il vola vers l’Ouest. Le souffle coupé, il redescendit vers la Seine et atterrit sur un des pégases du pont Alexandre III.
Assis à califourchon sur la statue dorée, il enfila le carquois avec gaucherie et tendit l’arc en olivier massif. Au milieu du pont, deux jeunes gens étaient accoudés à la rambarde regardant l’eau du fleuve s’écouler. Antéros prit une flèche dans son dos et visa l’homme. La flèche alla droit à la poitrine. Il courba une seconde fois l’arc. Cette fois-ci la flèche fut déviée plongeant vers les eaux moirées. Elle transperça le cœur d’un touriste italien sur une péniche. C’est ainsi qu’Antéros comprit son nom : l’amour pour l’amour.
S.U
Alors que la lune se couvrait d’un épais manteau de nuages, il plongea à pic vers la Cour carrée pour aller se percher sur le toit de l’aile Sully. De la gouttière, il sauta sur le rebord du 1er étage emmenant dans sa chute quelques poussières d’ardoise. Il poussa la fenêtre qui s’ouvrit sur la salle des Bronzes. Il s’ébroua. Ses ailes étaient trempées par la pluie hivernale. Les gouttes d’eau aspergèrent le marbre du sol argenté. Il pouvait y voir son reflet : une petite poule mouillée.
Au milieu de la salle déserte brillait par intermittence une lumière. Intrigué, Antéros s’approcha de ce qui semblait être un objet protégé par une cloche en verre d’un diamètre large de deux mètres. Arrivé devant la demi-sphère, il reconnut sur le velours rouge une arme qu’il connaissait que trop bien. L’arc et le carquois avec lesquels son frère jouait étant enfant. La corde tressée en crin de centaure et l’empennage des flèches en plume de cygne étaient intacts malgré les millénaires. Du bout des doigts il caressa la bulle. Le verre tinta.
D’un geste, il défit son manteau noué à sa taille et le colla à son coude qui heurta violemment le cristal. Le verre se brisa avec fracas. Antéros saisit l’arc d’une main et le carquois de l’autre. Au rez-de-chaussée, une ombre venait de passer rapidement devant la Vénus de Milo. Des pas pressants résonnèrent dans les escaliers. D’un coup d’aile, Antéros se retrouva dehors. Il vola vers l’Ouest. Le souffle coupé, il redescendit vers la Seine et atterrit sur un des pégases du pont Alexandre III.
Assis à califourchon sur la statue dorée, il enfila le carquois avec gaucherie et tendit l’arc en olivier massif. Au milieu du pont, deux jeunes gens étaient accoudés à la rambarde regardant l’eau du fleuve s’écouler. Antéros prit une flèche dans son dos et visa l’homme. La flèche alla droit à la poitrine. Il courba une seconde fois l’arc. Cette fois-ci la flèche fut déviée plongeant vers les eaux moirées. Elle transperça le cœur d’un touriste italien sur une péniche. C’est ainsi qu’Antéros comprit son nom : l’amour pour l’amour.
S.U
vendredi 16 janvier 2009
Connexion manquée
Connexion manquée.
C. restait tard au travail. De toutes façons, personne ne l’attendait chez elle. Pas même un poisson rouge à nourrir.
Elle comblait sa solitude en traînant sur ses dossiers. Elle préférait avoir l’air d’une workalcoholique plutôt que d’avouer qu’elle n’avait rien de mieux à faire de sa vie privée.
Elle retardait systématiquement les échéances, prenait des pauses déjeuner interminables et partait après tous ses collègues. Jamais avant 21h.
Le matin, elle n’arrivait pas avant 10h30. Les autres pensaient qu’elle devait avoir eu une soirée bien mouvementée. Si jolie, si pleine d’énergie, ils s’imaginaient qu’elle arrivait si tard parce qu’elle avait enflammé les nuits parisiennes.
La première fois que C. vit A., elle n’y prêta aucune attention. A peine un bonsoir. Pour la politesse.
La seconde fois, C. n’avait plus rien à penser ni à faire, elle lui jeta un regard. Elle lui fit pitié. La France d’en bas. C’était si loin d’elle avec ses 50 KE à 28 ans. Elle ne pouvait pas imaginer que le sort puisse avoir été moins clément avec A. qu’avec elle. Que « ça » pouvait ne pas être un choix.
Les jours suivants, C. se fit la réflexion que A. aurait pu se mettre en valeur. Quelle négligence ! Une bonne coupe de cheveux, un peu de maquillage et une autre tenue que ce triste gris aurait arrangé cette nature qui ne demandait qu’à fleurir. N’avait-elle jamais pensé à demander conseil à un relooking ?
Au fil des mois, l’analyse de A. par C. devenait de plus en plus précise et surtout, accaparait toutes les pensées de C. les cinq soirs de la semaine, lorsqu’elle la croisait dans les open-spaces désertés. Il lui arrivait même d’y penser le week-end et d’attendre avec impatience le lundi pour leur rencontre nocturne. Pourtant C. ne parvenait pas à établir de communication. A. semblait lointaine, tout accaparée par sa tâche.
Un soir, C. eut envie d’adresser la parole à A., prise d’une envie frénétique de partager le vide de sa vie. Les yeux humides, elle allait engager ses confidences, quand A. lui adressa la parole pour lui poser les questions habituelles : « Avez-vous terminé ? Puis-je nettoyer votre bureau ? », sur un ton si distant et mécanique que C. ravala sa salive et, restant dans son rôle de cadre sup, lui répondit : « Oui, vous pouvez également vider la poubelle, et veillez à changer le sac s’il vous plaît. ».
Yaya
C. restait tard au travail. De toutes façons, personne ne l’attendait chez elle. Pas même un poisson rouge à nourrir.
Elle comblait sa solitude en traînant sur ses dossiers. Elle préférait avoir l’air d’une workalcoholique plutôt que d’avouer qu’elle n’avait rien de mieux à faire de sa vie privée.
Elle retardait systématiquement les échéances, prenait des pauses déjeuner interminables et partait après tous ses collègues. Jamais avant 21h.
Le matin, elle n’arrivait pas avant 10h30. Les autres pensaient qu’elle devait avoir eu une soirée bien mouvementée. Si jolie, si pleine d’énergie, ils s’imaginaient qu’elle arrivait si tard parce qu’elle avait enflammé les nuits parisiennes.
La première fois que C. vit A., elle n’y prêta aucune attention. A peine un bonsoir. Pour la politesse.
La seconde fois, C. n’avait plus rien à penser ni à faire, elle lui jeta un regard. Elle lui fit pitié. La France d’en bas. C’était si loin d’elle avec ses 50 KE à 28 ans. Elle ne pouvait pas imaginer que le sort puisse avoir été moins clément avec A. qu’avec elle. Que « ça » pouvait ne pas être un choix.
Les jours suivants, C. se fit la réflexion que A. aurait pu se mettre en valeur. Quelle négligence ! Une bonne coupe de cheveux, un peu de maquillage et une autre tenue que ce triste gris aurait arrangé cette nature qui ne demandait qu’à fleurir. N’avait-elle jamais pensé à demander conseil à un relooking ?
Au fil des mois, l’analyse de A. par C. devenait de plus en plus précise et surtout, accaparait toutes les pensées de C. les cinq soirs de la semaine, lorsqu’elle la croisait dans les open-spaces désertés. Il lui arrivait même d’y penser le week-end et d’attendre avec impatience le lundi pour leur rencontre nocturne. Pourtant C. ne parvenait pas à établir de communication. A. semblait lointaine, tout accaparée par sa tâche.
Un soir, C. eut envie d’adresser la parole à A., prise d’une envie frénétique de partager le vide de sa vie. Les yeux humides, elle allait engager ses confidences, quand A. lui adressa la parole pour lui poser les questions habituelles : « Avez-vous terminé ? Puis-je nettoyer votre bureau ? », sur un ton si distant et mécanique que C. ravala sa salive et, restant dans son rôle de cadre sup, lui répondit : « Oui, vous pouvez également vider la poubelle, et veillez à changer le sac s’il vous plaît. ».
Yaya
Catherine
Catherine, je l’ai rencontrée à une soirée. Brune, bien proportionnée, un cul d’enfer avec un joli minois. Le portrait craché de Chiara Mastroiani. Je l’ai tout de suite surnommée Chiara. Cela l’a fait sourire. Ce soir-là, elle est venue avec son amant du moment. Ils se sont connus sur les bancs de la faculté d’Histoire de l’Art. Lui, il passe son temps libre à faire les poubelles et les brocantes et à retaper de vieux meubles. Il pense monter son propre atelier. Elle, elle est en thèse.
Avec Catherine, ça a été le coup de foudre. Tout de suite, on a connecté. Elle m’a parlé de son projet de thèse. Elle a en tête de filmer Oradour-sur-Glane. 60 ans après le massacre. Elle est fascinée par le village martyr, sa destruction, l’absence de toute vie et l’omniprésence de la mort. Oradour, son église, ses ruines, ses voitures rouillées, ses rues désertées. Elle veut faire un documentaire sur l’histoire de ce bourg. Cela me plait. Je trouve ça fort de vouloir faire ce témoignage, ce travail de mémoire. Faire parler les morts, donner du sens. J’imagine déjà le film en noir et blanc. Le chemin parcouru lentement par la caméra sur ce spectacle de désolation où seuls les cris taciturnes des victimes se font entendre. Aggrémenté d’images d’archives.
En partant de la soirée nous avons pris le même taxi. Au début, nous avons continué notre discussion avec enthousiasme mais au fur et à mesure que la voiture avançait, les mots se sont faits de plus en plus rares pour finalement laisser place au silence. Elle, assise juste à quelques centimètres de moi, jouant négligemment avec une mèche de cheveux, son visage baigné par la lumière nocturne. Une gueule d’ange. Je sens mon sexe durcir sous mon jean. Arrivé au 27 boulevard Saint-Marcel, on s’arrête. Je lui dis « si ça te dit, on peut aller chez moi ». Elle répond poliment que non. La portière claque. Le taxi m’emporte chez moi, seul avec mes fantasmes.
Nous nous sommes revus plusieurs fois en peu de temps. Mon désir pour elle est chaque fois plus fort. Pourtant je n’essaie pas de la séduire, comme transi par la pureté qu’elle dégage. Nos échanges sont toujours alimentés par nos expériences artistiques, cinématographiques, littéraires. Je passe vraiment de bons moments avec elle.
Samedi dernier, je suis allé dîner chez Nicolas, l’ami qui m’a présenté Catherine. Il m’apprend que Catherine fréquente des militants d’extrème-droite, de jeunes néo-nazis. Je comprends alors que son documentaire sur Oradour, loin d’être un nouveau Nuit et Brouillard, sera une apologie du massacre et de l’horreur.
Je ne verrai plus Catherine.
S.U.
Avec Catherine, ça a été le coup de foudre. Tout de suite, on a connecté. Elle m’a parlé de son projet de thèse. Elle a en tête de filmer Oradour-sur-Glane. 60 ans après le massacre. Elle est fascinée par le village martyr, sa destruction, l’absence de toute vie et l’omniprésence de la mort. Oradour, son église, ses ruines, ses voitures rouillées, ses rues désertées. Elle veut faire un documentaire sur l’histoire de ce bourg. Cela me plait. Je trouve ça fort de vouloir faire ce témoignage, ce travail de mémoire. Faire parler les morts, donner du sens. J’imagine déjà le film en noir et blanc. Le chemin parcouru lentement par la caméra sur ce spectacle de désolation où seuls les cris taciturnes des victimes se font entendre. Aggrémenté d’images d’archives.
En partant de la soirée nous avons pris le même taxi. Au début, nous avons continué notre discussion avec enthousiasme mais au fur et à mesure que la voiture avançait, les mots se sont faits de plus en plus rares pour finalement laisser place au silence. Elle, assise juste à quelques centimètres de moi, jouant négligemment avec une mèche de cheveux, son visage baigné par la lumière nocturne. Une gueule d’ange. Je sens mon sexe durcir sous mon jean. Arrivé au 27 boulevard Saint-Marcel, on s’arrête. Je lui dis « si ça te dit, on peut aller chez moi ». Elle répond poliment que non. La portière claque. Le taxi m’emporte chez moi, seul avec mes fantasmes.
Nous nous sommes revus plusieurs fois en peu de temps. Mon désir pour elle est chaque fois plus fort. Pourtant je n’essaie pas de la séduire, comme transi par la pureté qu’elle dégage. Nos échanges sont toujours alimentés par nos expériences artistiques, cinématographiques, littéraires. Je passe vraiment de bons moments avec elle.
Samedi dernier, je suis allé dîner chez Nicolas, l’ami qui m’a présenté Catherine. Il m’apprend que Catherine fréquente des militants d’extrème-droite, de jeunes néo-nazis. Je comprends alors que son documentaire sur Oradour, loin d’être un nouveau Nuit et Brouillard, sera une apologie du massacre et de l’horreur.
Je ne verrai plus Catherine.
S.U.
mercredi 7 janvier 2009
Expatrié, ée (adj. et n.): qui a quitté sa patrie ou qui en a été chassé. Contr. "Rapatrié".
"Non, nous on n’a pas eu de problème quand on s'est installés. Bon, c'est vrai, il y eu les visites d'appartements... ici, la propreté, c'est, comment dire, "c'est pas leur fort"... enfin, je veux pas tomber dans le cliché mais ça sent quand même la "torrrrtilla" (elle roule le r un peu trop fort) à tous les étages, dans certains immeubles. Bref, heureusement qu'à Paris la boîte m'a trouvé un grand appart', c'est un peu l'avantage d'être expat'.
Nous on avait déjà "fait le pays", on connaît bien Marbella et la côte basque, côté français surtout. Mais si, toi, tu connais pas, il faut que tu sois prête à affronter des trucs dingues, ici. Par exemple, ne sois pas étonnée si les gens te touchent quand ils te parlent, ils te font toujours la bise en te collant leur fond de teint ou leurs poils de barbe sur la joue. D'ailleurs, ils te parlent toujours d'un peu trop près. Mais attention. C'est pas pour ça que les gens sont proches de toi, hein... Non, les locaux, ils sont très, très renfermés malgré les apparences -sur le ton de la confidence-: ils sont "très famille". Et ça, c'est pénible parce que le week-end, ils vont souvent déjeuner chez leurs parents. Dingue.
Non, nous, finalement, on est très bien ici, on profite bien. T'as vu le prix des restos ? ça, ça remonte le moral quand ça va pas. Nous, par exemple, tous les mardis, on se fait un dîner au petit restaurant du coin. T'en as pour trois-francs-six-sous, et tu te dis "ici, ils ont pas encore compris le terme de marge commerciale, et c'est tant mieux" (elle sourit, satisfaite). C'est vrai, on n'est pas si loin de la France mais on se sent vraiment loin de "chez soi", parfois. Je te parle en termes culturels.
Ouais, franchement, ici, on a parfois besoin de se retrouver avec des gens comme nous... Ah, oui! A ce propos, je te conseille fortement de t'inscrire au centre des expatriés français (son visage s'illumine). C'est l'occasion de manger et de boire (à l'oeil) au cocktail. Et puis tu rencontres pas mal de gens de "notre milieu" et, comme ça, tu partages ton expérience du "pays". Sinon, on fait souvent des dîners entre nous ou des virées. En bateau. Parce qu'on s'est payé un bateau, nous. On l'a fait convoyer depuis la Bretagne pour pas cher. Si ça te dit, on t'appellera. En général, on va jusqu'à Sitges et on pique-nique avec les enfants. Au soleil. Après, on leur achète des glaces à 1,30 euro dans un "chirrrrringuito" qu'on connaît bien. Tu vois, c'est vraiment la belle vie, ici: rien n'est cher, on peut profiter."
Paloma
Nous on avait déjà "fait le pays", on connaît bien Marbella et la côte basque, côté français surtout. Mais si, toi, tu connais pas, il faut que tu sois prête à affronter des trucs dingues, ici. Par exemple, ne sois pas étonnée si les gens te touchent quand ils te parlent, ils te font toujours la bise en te collant leur fond de teint ou leurs poils de barbe sur la joue. D'ailleurs, ils te parlent toujours d'un peu trop près. Mais attention. C'est pas pour ça que les gens sont proches de toi, hein... Non, les locaux, ils sont très, très renfermés malgré les apparences -sur le ton de la confidence-: ils sont "très famille". Et ça, c'est pénible parce que le week-end, ils vont souvent déjeuner chez leurs parents. Dingue.
Non, nous, finalement, on est très bien ici, on profite bien. T'as vu le prix des restos ? ça, ça remonte le moral quand ça va pas. Nous, par exemple, tous les mardis, on se fait un dîner au petit restaurant du coin. T'en as pour trois-francs-six-sous, et tu te dis "ici, ils ont pas encore compris le terme de marge commerciale, et c'est tant mieux" (elle sourit, satisfaite). C'est vrai, on n'est pas si loin de la France mais on se sent vraiment loin de "chez soi", parfois. Je te parle en termes culturels.
Ouais, franchement, ici, on a parfois besoin de se retrouver avec des gens comme nous... Ah, oui! A ce propos, je te conseille fortement de t'inscrire au centre des expatriés français (son visage s'illumine). C'est l'occasion de manger et de boire (à l'oeil) au cocktail. Et puis tu rencontres pas mal de gens de "notre milieu" et, comme ça, tu partages ton expérience du "pays". Sinon, on fait souvent des dîners entre nous ou des virées. En bateau. Parce qu'on s'est payé un bateau, nous. On l'a fait convoyer depuis la Bretagne pour pas cher. Si ça te dit, on t'appellera. En général, on va jusqu'à Sitges et on pique-nique avec les enfants. Au soleil. Après, on leur achète des glaces à 1,30 euro dans un "chirrrrringuito" qu'on connaît bien. Tu vois, c'est vraiment la belle vie, ici: rien n'est cher, on peut profiter."
Paloma
Antéros I
Antéros était affalé sur le canapé qui trônait au milieu du salon. Sur la table basse devant lui étaient disposés des bols de crudités, deux grandes assiettes de charcuterie catalane, accompagnées de pa amb tomaquet. Les bouteilles de cava attendaient sagement dans le réfrigérateur. Pour ses 30 ans, Antéros avait même préparé un space cake nappé d’un glaçage au chocolat. La soirée devait être inoubliable. Mais à l’heure dite, personne ne s’était présenté. Ses amis l’avaient délaissé, abandonné. Certains l’avaient déçu au fil des siècles mais l’amitié jusqu’à ce jour fatidique avait perduré, résistant aux intempéries de la vie. Mais là, c’était de la pure trahison marié au plus vil des complots fomenté contre sa personne.
La rage le prit à la gorge. Il engouffra une part de space cake et déboucha une bouteille de cava. Il but au goulot pour calmer ses nerfs. En vain. Les portraits de ses amis ne cessaient de défiler dans sa tête et la haine montait en lui. Il rebut une gorgée puis une autre et encore une autre. Il arracha le katana accroché au mur derrière lui et sabra une deuxième bouteille. Ne pouvant boire au goulot cette fois-ci, il culbuta la bouteille de nectar sur son visage. Les bulles explosèrent sous sa langue, sur ses joues et son menton. Il s’aspergea le corps et ses ailes pourpres, azur et or.
A la quatrième bouteille, il s’assit à son bureau et se connecta à facebook. Il effaça un à un ses amis. La souris collait sous ses doigts moites et sucrés par l’alcool qui commençait à embuer son esprit. Dans le silence le plus total, ses ailes caramélisées toutes déployées, il tapa sur le clavier ses mots de vengeance. « Je vous maudits tous. Signé Antéros ». Sa tête se dandina légèrement, satisfaite de ces mots décochés par la colère. Il appuya sur « Envoyer ». Et le mail s’envola vers ses traîtres d’amis.
La sonnette retentit deux fois. L’horloge murale indiquait neuf heures du soir. Qui pouvait bien venir chez lui maintenant ? Il se déplaça en titubant vers la porte et ouvrit. Ses amis se tenaient devant lui, sourire aux lèvres, chargés de bouteilles et de paquets cadeaux. Antéros s’était trompé de jour.
S.U
La rage le prit à la gorge. Il engouffra une part de space cake et déboucha une bouteille de cava. Il but au goulot pour calmer ses nerfs. En vain. Les portraits de ses amis ne cessaient de défiler dans sa tête et la haine montait en lui. Il rebut une gorgée puis une autre et encore une autre. Il arracha le katana accroché au mur derrière lui et sabra une deuxième bouteille. Ne pouvant boire au goulot cette fois-ci, il culbuta la bouteille de nectar sur son visage. Les bulles explosèrent sous sa langue, sur ses joues et son menton. Il s’aspergea le corps et ses ailes pourpres, azur et or.
A la quatrième bouteille, il s’assit à son bureau et se connecta à facebook. Il effaça un à un ses amis. La souris collait sous ses doigts moites et sucrés par l’alcool qui commençait à embuer son esprit. Dans le silence le plus total, ses ailes caramélisées toutes déployées, il tapa sur le clavier ses mots de vengeance. « Je vous maudits tous. Signé Antéros ». Sa tête se dandina légèrement, satisfaite de ces mots décochés par la colère. Il appuya sur « Envoyer ». Et le mail s’envola vers ses traîtres d’amis.
La sonnette retentit deux fois. L’horloge murale indiquait neuf heures du soir. Qui pouvait bien venir chez lui maintenant ? Il se déplaça en titubant vers la porte et ouvrit. Ses amis se tenaient devant lui, sourire aux lèvres, chargés de bouteilles et de paquets cadeaux. Antéros s’était trompé de jour.
S.U
Pièces d'identité
J’ai été pute et bonne sœur, reine et sujet, vendeuse et cliente, femme au foyer et working girl, esclave et négrier, banquier et braqueur, voleur et propriétaire, journaliste et lecteur, rentière et orpheline, écrivain et sportif, star de cinéma et serveuse, bandit et policier, reine de bal et souffre douleur, cowboy et indien, chanteuse et groupie, geôlier et prisonnier, pêcheur et poisson, bourreau et pendu, serial killer et victime, infirmière et soldat.
J’ai été femme, homme, hermaphrodite. J’ai été ami, amant, célibataire, épouse, mari, vieille fille, divorcé. J’ai été père, mère, fils, fille, sœur, frère, oncle, tante, grand-mère, grand-père, cousin, cousine.
J’ai été gay, extra-terrestre, hétérosexuel, lesbienne, bisexuel, transsexuel. J’ai été un robot asexué.
J’ai été dépressive et heureuse de vivre, égocentrique et altruiste, belle et moche, méchant et gentil, libertaire et fidèle, excentrique et timide, intègre et malhonnête.
J’ai sauvé le monde et participé à des génocides. J’ai été amoureuse au point de tout donner et haineuse à tuer. J’ai adoré ma femme et je l’ai trompée. J’ai eu un destin extraordinaire et je n’ai jamais su trouver qui j’étais.
J’ai fait les 400 coups, j’ai vécu nos meilleures années, j’ai rencontré César et Rosalie, j’ai formé un ménage à trois avec Jules et Jim, j’ai guerroyé dans les étoiles, j’ai fait beaucoup de bruit pour rien, j’ai participé à la dernière croisade, j’ai été partagée entre ma raison et mes sentiments, j’ai pulvérisé des aliens, j’ai tout su à propos d’Eve, je me suis promenée sur Sunset Boulevard, je suis sortie avec un Américain à Paris, j’ai eu de l’orgueil et des préjugés, je suis retournée vers le futur, j’ai écrit le journal de Bridget Jones, j’ai été loin du paradis, j’ai fait des fôtes d’orthographe, j’ai éduqué l’enfant sauvage, j’ai un parrain d’origine italienne, j’ai été membre de l’ordre du Phoenix, j’ai tué Bill, j’ai heurté l’homme invisible, je me suis perdue dans le labyrinthe de Pan, j’ai écouté la vie des autres, j’ai fantasmé sur Lolita, j’ai acclamé le retour du roi, j’ai ressenti du mépris, j’ai pensé que la vie était belle, j’ai vécu à New York New York, j’ai eu peur du péril jeune, j’ai composé un requiem pour un rêve, j’ai chanté sous la pluie, j’ai démasqué Batman, j’ai été incorruptible, j’ai fait l’amour l’après-midi, j’ai fait un vœux au magicien d’Oz.
Qui vais-je être, quelle expérience vais-je vivre ce soir, bien installée dans la salle obscure ?
Yaya
J’ai été femme, homme, hermaphrodite. J’ai été ami, amant, célibataire, épouse, mari, vieille fille, divorcé. J’ai été père, mère, fils, fille, sœur, frère, oncle, tante, grand-mère, grand-père, cousin, cousine.
J’ai été gay, extra-terrestre, hétérosexuel, lesbienne, bisexuel, transsexuel. J’ai été un robot asexué.
J’ai été dépressive et heureuse de vivre, égocentrique et altruiste, belle et moche, méchant et gentil, libertaire et fidèle, excentrique et timide, intègre et malhonnête.
J’ai sauvé le monde et participé à des génocides. J’ai été amoureuse au point de tout donner et haineuse à tuer. J’ai adoré ma femme et je l’ai trompée. J’ai eu un destin extraordinaire et je n’ai jamais su trouver qui j’étais.
J’ai fait les 400 coups, j’ai vécu nos meilleures années, j’ai rencontré César et Rosalie, j’ai formé un ménage à trois avec Jules et Jim, j’ai guerroyé dans les étoiles, j’ai fait beaucoup de bruit pour rien, j’ai participé à la dernière croisade, j’ai été partagée entre ma raison et mes sentiments, j’ai pulvérisé des aliens, j’ai tout su à propos d’Eve, je me suis promenée sur Sunset Boulevard, je suis sortie avec un Américain à Paris, j’ai eu de l’orgueil et des préjugés, je suis retournée vers le futur, j’ai écrit le journal de Bridget Jones, j’ai été loin du paradis, j’ai fait des fôtes d’orthographe, j’ai éduqué l’enfant sauvage, j’ai un parrain d’origine italienne, j’ai été membre de l’ordre du Phoenix, j’ai tué Bill, j’ai heurté l’homme invisible, je me suis perdue dans le labyrinthe de Pan, j’ai écouté la vie des autres, j’ai fantasmé sur Lolita, j’ai acclamé le retour du roi, j’ai ressenti du mépris, j’ai pensé que la vie était belle, j’ai vécu à New York New York, j’ai eu peur du péril jeune, j’ai composé un requiem pour un rêve, j’ai chanté sous la pluie, j’ai démasqué Batman, j’ai été incorruptible, j’ai fait l’amour l’après-midi, j’ai fait un vœux au magicien d’Oz.
Qui vais-je être, quelle expérience vais-je vivre ce soir, bien installée dans la salle obscure ?
Yaya
mardi 6 janvier 2009
15 tonnes de bonbons
La veille du jour des rois, le 6 janvier, les Espagnols organisent la Cavalcada (cavalcade en français) : un défilé des trois mages, et de toutes leurs cours. Montés sur d’immenses chars, ils dansent, chantent, font de la musique, distribuent des bonbons dans les rues et souhaitent la bonne année à la population assemblée. Une grande fête populaire traditionnelle de Barcelone. Les enfants sont excités, turbulents, impatients, presque hystériques et attendent ce moment toute l’année.
Malgré « la crise », les organisateurs ont bien fait les choses : 15 tonnes de bonbons, un défilé de plusieurs centaines de mètres, des milliers de figurants, des costumes somptueux, des chorégraphies soignées, des masques, de la musique entrainante. Des sourires partout, les grands rois barbus, magnifiques de noblesse, souhaitent, en catalan, une bonne année à tous.
Les regards des enfants vers le cortège expriment un émerveillement de joie.
Les adultes aussi sont à la fête, photographient, admirent l’organisation, applaudissent à chaque nouveau char, toujours plus extravagant, à chaque nouvelle féérie. Une ambiance bon enfant.
Et les personnes âgées. C’est avant tout d’une fête traditionnelle, profondément ancrée dans l’histoire régionale. Les vieux ont besoin de bien voir, d’être devant. Les petites veuves, les copains de soixante ans se pressent, trépignent lentement et écrasent un peu leurs petits enfants. A leur époque, pas de bonbons. Et puis un quatrième roi venait à la suite des trois autres apporter du charbon à ceux qui n’avaient pas été sages. A la fin de la cavalcade, d’ailleurs, ce roi satanique défile aussi et lance des charbons sur la foule (en fait des bonbons de réglisse). Que d’histoire !
Cette année, peut-être à cause de l’économie défaillante, les vieilles personnes sont plus entreprenantes qu’à l’accoutumée. Elles bousculent les enfants, leur mettant la main sur l’épaule pour se hisser au-devant d’eux. Les vieux se serrent, applaudissent les rois et empêchent les enfants de voir. Ils dressent leurs cannes pour saluer le cortège, sourires édentés, grosses lunettes, en écartant un peu les jambes pour maintenir les enfants en arrière d’eux, au second rang.
A l’arrivée des premiers lanceurs de bonbons, en tête de cortège, les vieux déploient des parapluies, qu’ils retournent, pour recueillir le maximum de bonbons. Les vieilles, en appui, ouvrent de grands sacs de papier pour stocker.
Rares furent les friandises à échapper à leurs filets. Les enfants, dépités, rentrèrent chez eux en pleurant, mal consolés par leurs parents qui n’avaient pas plus osé que les forces de l’ordre à réprimander leurs aïeux.
Les vieux, faussement inconscients, ricanèrent sous cape le jour des rois en cherchant un dentiste de garde.
Malgré « la crise », les organisateurs ont bien fait les choses : 15 tonnes de bonbons, un défilé de plusieurs centaines de mètres, des milliers de figurants, des costumes somptueux, des chorégraphies soignées, des masques, de la musique entrainante. Des sourires partout, les grands rois barbus, magnifiques de noblesse, souhaitent, en catalan, une bonne année à tous.
Les regards des enfants vers le cortège expriment un émerveillement de joie.
Les adultes aussi sont à la fête, photographient, admirent l’organisation, applaudissent à chaque nouveau char, toujours plus extravagant, à chaque nouvelle féérie. Une ambiance bon enfant.
Et les personnes âgées. C’est avant tout d’une fête traditionnelle, profondément ancrée dans l’histoire régionale. Les vieux ont besoin de bien voir, d’être devant. Les petites veuves, les copains de soixante ans se pressent, trépignent lentement et écrasent un peu leurs petits enfants. A leur époque, pas de bonbons. Et puis un quatrième roi venait à la suite des trois autres apporter du charbon à ceux qui n’avaient pas été sages. A la fin de la cavalcade, d’ailleurs, ce roi satanique défile aussi et lance des charbons sur la foule (en fait des bonbons de réglisse). Que d’histoire !
Cette année, peut-être à cause de l’économie défaillante, les vieilles personnes sont plus entreprenantes qu’à l’accoutumée. Elles bousculent les enfants, leur mettant la main sur l’épaule pour se hisser au-devant d’eux. Les vieux se serrent, applaudissent les rois et empêchent les enfants de voir. Ils dressent leurs cannes pour saluer le cortège, sourires édentés, grosses lunettes, en écartant un peu les jambes pour maintenir les enfants en arrière d’eux, au second rang.
A l’arrivée des premiers lanceurs de bonbons, en tête de cortège, les vieux déploient des parapluies, qu’ils retournent, pour recueillir le maximum de bonbons. Les vieilles, en appui, ouvrent de grands sacs de papier pour stocker.
Rares furent les friandises à échapper à leurs filets. Les enfants, dépités, rentrèrent chez eux en pleurant, mal consolés par leurs parents qui n’avaient pas plus osé que les forces de l’ordre à réprimander leurs aïeux.
Les vieux, faussement inconscients, ricanèrent sous cape le jour des rois en cherchant un dentiste de garde.
dimanche 4 janvier 2009
Qu'est-il arrivé à Cupidon?
Ceci est un message du ministère de la préservation de l’amour vrai.
Dans les temps anciens, Cupidon accomplissait quotidiennement un travail d’orfèvre. Ses flèches, toujours bien ciblées, permettaient aux êtres humains de se rapprocher de leur âme sœur sans la moindre question existentielle.
Nous gardons une trace du travail de Cupidon à travers les récits des contes de fées, véritables témoignages des temps anciens. A cette époque, Cupidon, alors très inspiré par sa mission, formait des couples parfaitement compatibles et dont l’amour ne s’achevait qu’avec la mort.
Imaginons les contes de fées si Cupidon avait lancé ses flèches au hasard et sans conviction comme il le fait depuis quelques siècles.
Imaginons le Clochard tomber amoureux du Prince Charmant. Le Prince ne lui aurait accordé que la place du chien de compagnie dans ses périples contre les dragons et sorcières. Clochard aurait été frustré et aurait pu férocement dévorer la princesse par jalousie.
Imaginons Cendrillon tomber amoureuse de la Belle au Bois Dormant. Cela aurait été la lutte des classes entre une jeune fille débrouillarde, travailleuse, proche des animaux et une héritière pimbêche qui aurait passé son temps à dormir à attendre que les gens s’occupent d’elle.
Et que dire du Prince s’il était tombé amoureux de Grincheux au lieu de Blanche Neige et si Grincheux avait lui-même été amoureux de Timide… La Reine n’aurait plus su qui empoisonner.
Oui, si Cupidon s’était comporté autrefois comme il se comporte aujourd’hui, nous n’aurions eu à lire que des drames dans notre enfance. Nous serions une génération perdue, sans repère, sans aucune notion de l’amour vrai nécessaire à la survie de notre espèce.
Les enquêtes des services secrets ont révélé que les flèches cupidonniennes bien lancées devenaient une exception. Les couples durables – nous ne recensons qu’un petit million au monde de cette espèce en voie de disparition – dont l’amour est véridique et constructif sont priés de se présenter au ministère afin d’étudier les circonstances mondiales liées au jour où ils ont été transpercés d’une flèche. Cela permettrait à nos experts de comprendre ce qui peut apaiser l’esprit de Cupidon pour réadapter nos sociétés à l’amour vrai.
Pourquoi Cupidon a-t-il cessé d’être clément envers l’espèce humaine ? Est-il en dépression ? Est-il cynique ? A-t-il reçu l’ordre d’un Dieu plus puissant pour nous éradiquer ?
Il est du devoir des pouvoirs publics et de tout citoyen de résoudre le mystère qui pousse Cupidon à agir ainsi.
Si vous avez des indices qui expliqueraient le comportement de Cupidon, contactez le numéro vert suivant : 0800696969.
Yaya
Dans les temps anciens, Cupidon accomplissait quotidiennement un travail d’orfèvre. Ses flèches, toujours bien ciblées, permettaient aux êtres humains de se rapprocher de leur âme sœur sans la moindre question existentielle.
Nous gardons une trace du travail de Cupidon à travers les récits des contes de fées, véritables témoignages des temps anciens. A cette époque, Cupidon, alors très inspiré par sa mission, formait des couples parfaitement compatibles et dont l’amour ne s’achevait qu’avec la mort.
Imaginons les contes de fées si Cupidon avait lancé ses flèches au hasard et sans conviction comme il le fait depuis quelques siècles.
Imaginons le Clochard tomber amoureux du Prince Charmant. Le Prince ne lui aurait accordé que la place du chien de compagnie dans ses périples contre les dragons et sorcières. Clochard aurait été frustré et aurait pu férocement dévorer la princesse par jalousie.
Imaginons Cendrillon tomber amoureuse de la Belle au Bois Dormant. Cela aurait été la lutte des classes entre une jeune fille débrouillarde, travailleuse, proche des animaux et une héritière pimbêche qui aurait passé son temps à dormir à attendre que les gens s’occupent d’elle.
Et que dire du Prince s’il était tombé amoureux de Grincheux au lieu de Blanche Neige et si Grincheux avait lui-même été amoureux de Timide… La Reine n’aurait plus su qui empoisonner.
Oui, si Cupidon s’était comporté autrefois comme il se comporte aujourd’hui, nous n’aurions eu à lire que des drames dans notre enfance. Nous serions une génération perdue, sans repère, sans aucune notion de l’amour vrai nécessaire à la survie de notre espèce.
Les enquêtes des services secrets ont révélé que les flèches cupidonniennes bien lancées devenaient une exception. Les couples durables – nous ne recensons qu’un petit million au monde de cette espèce en voie de disparition – dont l’amour est véridique et constructif sont priés de se présenter au ministère afin d’étudier les circonstances mondiales liées au jour où ils ont été transpercés d’une flèche. Cela permettrait à nos experts de comprendre ce qui peut apaiser l’esprit de Cupidon pour réadapter nos sociétés à l’amour vrai.
Pourquoi Cupidon a-t-il cessé d’être clément envers l’espèce humaine ? Est-il en dépression ? Est-il cynique ? A-t-il reçu l’ordre d’un Dieu plus puissant pour nous éradiquer ?
Il est du devoir des pouvoirs publics et de tout citoyen de résoudre le mystère qui pousse Cupidon à agir ainsi.
Si vous avez des indices qui expliqueraient le comportement de Cupidon, contactez le numéro vert suivant : 0800696969.
Yaya
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