Antéros était affalé sur le canapé qui trônait au milieu du salon. Sur la table basse devant lui étaient disposés des bols de crudités, deux grandes assiettes de charcuterie catalane, accompagnées de pa amb tomaquet. Les bouteilles de cava attendaient sagement dans le réfrigérateur. Pour ses 30 ans, Antéros avait même préparé un space cake nappé d’un glaçage au chocolat. La soirée devait être inoubliable. Mais à l’heure dite, personne ne s’était présenté. Ses amis l’avaient délaissé, abandonné. Certains l’avaient déçu au fil des siècles mais l’amitié jusqu’à ce jour fatidique avait perduré, résistant aux intempéries de la vie. Mais là, c’était de la pure trahison marié au plus vil des complots fomenté contre sa personne.
La rage le prit à la gorge. Il engouffra une part de space cake et déboucha une bouteille de cava. Il but au goulot pour calmer ses nerfs. En vain. Les portraits de ses amis ne cessaient de défiler dans sa tête et la haine montait en lui. Il rebut une gorgée puis une autre et encore une autre. Il arracha le katana accroché au mur derrière lui et sabra une deuxième bouteille. Ne pouvant boire au goulot cette fois-ci, il culbuta la bouteille de nectar sur son visage. Les bulles explosèrent sous sa langue, sur ses joues et son menton. Il s’aspergea le corps et ses ailes pourpres, azur et or.
A la quatrième bouteille, il s’assit à son bureau et se connecta à facebook. Il effaça un à un ses amis. La souris collait sous ses doigts moites et sucrés par l’alcool qui commençait à embuer son esprit. Dans le silence le plus total, ses ailes caramélisées toutes déployées, il tapa sur le clavier ses mots de vengeance. « Je vous maudits tous. Signé Antéros ». Sa tête se dandina légèrement, satisfaite de ces mots décochés par la colère. Il appuya sur « Envoyer ». Et le mail s’envola vers ses traîtres d’amis.
La sonnette retentit deux fois. L’horloge murale indiquait neuf heures du soir. Qui pouvait bien venir chez lui maintenant ? Il se déplaça en titubant vers la porte et ouvrit. Ses amis se tenaient devant lui, sourire aux lèvres, chargés de bouteilles et de paquets cadeaux. Antéros s’était trompé de jour.
S.U
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mercredi 7 janvier 2009
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