Le but de ce blog est simple : réunir suffisamment de textes de 400 mots pour présenter un projet séduisant à un éditeur.

Il consistera en une compilation des meilleurs textes publiés, sélectionnés par un vote sur ce blog.

Une idée : publier un texte de 400 mots (10% de marge autorisés) sur n'importe quoi. Une histoire, une recette de cuisine, un lieu, un personnage, un phénomène, une blague, un dialogue, un argumentaire, une scène, un souvenir ou un rêve... le tout étant de rester attractif pour un lecteur.

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dimanche 29 mars 2009

Pas d'amour en TTC

La nuit était tombée depuis quelques heures déjà et j’errai comme à l’accoutumée, seul, dans les rues de Paris. A vrai dire, cette solitude ne me pesait même pas, avoir quelqu’un à côté, qui aurait commenté chacune de ses visions supposées partagées, m’aurait mis dans une colère noire. Alors je lui aurais balancé : « De quel droit brises-tu mon silence ?! » et peu alors importerait sa réaction, colère, silence ou frisson car j’aurais eu la paix.

Mais à y réfléchir, en fait, J’ai besoin de toi, mais pas tout le temps. En fait, sois là, mais pas trop. En fait, non, ne pars pas, reste, mais fais toi discrète. Apporte-moi simplement une présence qui me rattache à la vie humaine, qui me rappelle que je suis seul parmi les hommes, mais ne me retient pas et surtout, sers-moi de pilier, de base, de rudiment pour me faciliter l’envol.

Il n’y a pas de places pour deux sur mon tapis volant car de toute façon, tu n’y comprendrais rien. T’as rien, compris, je suis incompris… Pourquoi faut-il de l’amour TTC ? Je voudrais une TVA réduite pour consommer comme je l’entends, pour prendre uniquement ce qu’il me plaît dedans, pour être seul avec toi. Tu comprends ?

Tu sais je ne suis pas des ces hommes là, de ceux qui bravent, de ceux qui construisent. Je suis un être plein d’émoi, lâche et sans surprise. Et si tu m’aimes alors tant mieux mais ne t’attends pas à ce que ça me rende heureux. Je suis un pourri ? Je suis un goujat ? Finalement, c’est toi qui m’aime comme ça. Et tu voudrais que je change, pour manifester ta puissance, pour montrer que tu existes et que tu peux être un autre.

Mais moi je ne veux pas d’amour en TTC, ce que je désire c’est la paix.

dimanche 8 mars 2009

Ryuna Bat Gel Mains

Utilisée dans tous les bons hôpitaux privés et active dès quelques secondes, la formule de Ryuna Bat Gel Mains est la solution idéale pour l’hygiène de vos mains. Vous pourrez vous laver les mains partout et dans toutes les circonstances. Ryuna Bat Gel Mains Gel s’utilise sans eau, sans serviette, sèche tout seul et vous retire toute raison de ne pas vous laver les mains. Pratique et facile à transporter, il vous accompagne partout et en toute occasion : vous n’aurez plus à faire semblant d’être concerné, vous pourrez véritablement vous en laver les mains (lieux publics, activités de plein air, voyage, avec vos enfants…).
Ryuna Bat Gel Mains, dans la poche, est l’élément indispensable de toute personne désireuse de ne pas être touchée par autre chose que par sa propre condition. Et de ne pas s’en faire pour cette dernière.
Mode d’emploi : verser une petite noisette de gel dans le creux de la main et frotter jusqu’à séchage complet. Détourner le regard de la scène présente, dont vous pourriez vous sentir responsable. Vous avez désormais les mains propres. Ne pas rincer.
Précautions d’emploi : Usage externe. Ne surtout pas oublier en cas de moment de doutes quant à votre inutilité absolue ou quant aux dommages que vous causez autour de vous. Ne pas avaler. Ne pas interrompre soudainement le traitement, sauf en cas de graves troubles psychiatriques et sur avis médical. Voie cutanée exclusivement. Conserver à l’écart de toute flamme ou source d’étincelle. S’en laver les mains se fait discrètement. Ne pas fumer. Les non-fumeurs s’en lavent les mains. Stockage : de +5 degrés à +25 degrés. Ne pas aller dans les pays qui sortent de cette fourchette de températures. Conserver hors de portée des enfants. Ces derniers sont encore innocents et s’en lavent les mains naturellement, involontairement. Eviter le contact avec les yeux. Détourner simplement le regard quand vous vous en lavez les mains. Rincer immédiatement les yeux si le produit entre en contact avec ceux-ci. Rien de pire que le regard pour sentir qu’on a les mains sales. En cas d’ingestion consulter immédiatement un médecin et lui montrer l’emballage ou l’étiquette responsable. Mais si vous vous en lavez correctement les mains, rien ne peut vous arriver. Pour tout complément d’information, notamment pour l’élimination des déchets, se reporter à la FDS. Lavez-vous en les mains.
Composition : éthanol (750,7 mg/g), 2-phénoxyéthanol (0,6mg/g), excipients. Rien à faire.

lundi 2 mars 2009

Une soirée à l'Opéra

Ce soir, je suis sorti à l’Opéra avec ma femme. Nous nous sommes habillés, peignés, brillants, bien apprêtés.
En descendant mon escalier, une sensation de légèreté, de grande forme surprenante à cette heure. « L’excitation de l’Opéra », pensé-je. Mes chaussures trop neuves glissaient sur le trottoir, mais personne ne le remarquait. Seule ma femme doutait parfois de ma stabilité réelle.
Arrivant aux abords de l’Opéra Bastille, je me sentis de plus en plus léger. La foule pressée devant les marches attendait l’ouverture du spectacle. Je lisais à haute voix, en flottant un peu au-dessus du sol, le prospectus consacré à cette 3è Symphonie de Gustav Mahler :
« John Neumeier dessine la danse de Nicolas Leriche pour traduire l'univers tourmenté du compositeur : la condition de l'Homme, son lien à la Nature, son exaltation devant l’Amour et la Conscience de sa Fragilité, la Solitude, la Nostalgie, l'Espoir ».
De plus en plus léger. Un de mes pas ne toucha pas le sol et je décollai soudain, laissant derrière moi mon épouse stupéfaite. Elle cria, les gens se retournèrent pour me voir m’envoler au-dessus d’eux, de la grande place de la Bastille, vers les toits, puis au-delà, vers le ciel de la nuit, les bras écartés.
Pour ma part, très à l’aise : pas de vertige, une grande joie. Je volais presque naturellement et une fois passée la surprise du décollage, je continuai vers la place de la Nation, d’en haut. Je tournai vers la droite puis longeai la Seine, suivant son cours vers l’Ouest. Un silence impensable au-dessus de toutes ces lumières. Je riais, les yeux plissés par la vitesse.
Je voyais les petits hommes pressés, les touts petits chiens faire leurs besoins, les magasins, les voitures, les immeubles, les ruelles et les boulevards, les places, la Seine sous moi. La Mairie de Paris, flèches et drapeaux dehors, toutes lumières. Grands rideaux aux fenêtres. Le BHV et son toit de dessin animé. La Préfecture de Police. Notre-Dame par derrière.
J’allais très vite, je montais et descendais, de plus en plus vite. Je fonçais désormais sur la Pyramide du Louvre, à Très Grande Vitesse. Je sentis alors le danger, la perte de contrôle sur mon propre vol. Complètement déstabilisé. J’allais bientôt entrer de plein fouet dans la verrière, explosant les immenses carreaux, vitrifié dans un grand bruit mat et violent. Les touristes japonais furent ma dernière vision avant le Grand Trou Noir.
J’ouvris les yeux. Des applaudissements. Me femme à côté de moi se levait, en souriant. Elle me regarda et dit, experte de la Danse :
« Je n’ai jamais vu un aussi beau spectacle ».

Julius

dimanche 1 mars 2009

Ma voisine

J’habite depuis quelques mois dans un charmant appartement du centre de Lille. Je suis étudiant en cinquième année.
Ma voisine est devenue une part essentielle de ma vie, qui est elle-même devenue un enfer permanent.
Chaque moment de mon existence prend en compte ma voisine. Ou plutôt, ma voisine est présente quand je dors, quand je me réveille, quand je mange, quand je vais aux toilettes, quand je suis avec une fille, quand ma famille vient me voir, quand j’invite des amis, quand je révise mes examens, quand j’écoute de la musique, quand je tourne les pages d’un livre.
A chacun de ces moments quotidiens, d’une grande banalité, ma voisine est là. Je n’ai plus aucune vie cachée, plus aucun secret pour ma voisine. Je n’en peux plus. Ma voisine est omniprésente. Je la vois partout. Sa pensée me hante littéralement. Je la vois partout.
Je hais ma voisine.
Ma voisine elle aussi me déteste, nos relations sont exécrables, nous ne parlons jamais, sauf pour nous insulter, voir avoir des gestes mutuels frôlant la violence physique. On ne se regarde jamais dans les yeux. Je pense qu’elle me prend pour un fou. Elle doit avoir une bien mauvaise idée de moi.
Ce n’est pourtant pas de ma faute, je fais tout mon possible pour être gentil et doux, je fais attention à elle, j’y vais doucement. Rien à faire, elle ne peut plus me voir en peinture. Mais elle reste là, avec moi, à mes côtés, tout le temps. Toujours. Je pense que je la fais profondément souffrir.
C’est vraiment très tendu avec ma voisine.
Je ne lui en veux pas non plus. Ce n’est pas vraiment de sa faute. Je la regarde parfois, à travers la fenêtre, s’occuper gentiment de ses plantes ou de ses chats. Elle leur sourit et les caresse même parfois. Elle a l’air bien gentil comme ça. Mais ce n’est qu’une apparence, évidemment, ma voisine est une vraie salope.
Ma voisine est toujours partout chez moi, j’y pense tout le temps, elle m’obsède. Je ne me repose que lorsque je sors. J’ai toujours l’impression qu’elle va frapper à ma porte. Trois petits coups secs. Cette idée ne me quitte jamais. Ma voisine est une obsédée.
Ma voisine crie, s’acharne souvent sur moi. Elle est parfois très excitée. Elle transpire. Elle soupire, je l’entends bien. Elle tape même sur le mur. Des grands coups.
En réalité, elle me reproche tous les bruits habituels que l’on fait chaque jour. Elle voudrait retrouver en ville le silence du désert. Notre cloison est trop fine.