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dimanche 1 mars 2009

Ma voisine

J’habite depuis quelques mois dans un charmant appartement du centre de Lille. Je suis étudiant en cinquième année.
Ma voisine est devenue une part essentielle de ma vie, qui est elle-même devenue un enfer permanent.
Chaque moment de mon existence prend en compte ma voisine. Ou plutôt, ma voisine est présente quand je dors, quand je me réveille, quand je mange, quand je vais aux toilettes, quand je suis avec une fille, quand ma famille vient me voir, quand j’invite des amis, quand je révise mes examens, quand j’écoute de la musique, quand je tourne les pages d’un livre.
A chacun de ces moments quotidiens, d’une grande banalité, ma voisine est là. Je n’ai plus aucune vie cachée, plus aucun secret pour ma voisine. Je n’en peux plus. Ma voisine est omniprésente. Je la vois partout. Sa pensée me hante littéralement. Je la vois partout.
Je hais ma voisine.
Ma voisine elle aussi me déteste, nos relations sont exécrables, nous ne parlons jamais, sauf pour nous insulter, voir avoir des gestes mutuels frôlant la violence physique. On ne se regarde jamais dans les yeux. Je pense qu’elle me prend pour un fou. Elle doit avoir une bien mauvaise idée de moi.
Ce n’est pourtant pas de ma faute, je fais tout mon possible pour être gentil et doux, je fais attention à elle, j’y vais doucement. Rien à faire, elle ne peut plus me voir en peinture. Mais elle reste là, avec moi, à mes côtés, tout le temps. Toujours. Je pense que je la fais profondément souffrir.
C’est vraiment très tendu avec ma voisine.
Je ne lui en veux pas non plus. Ce n’est pas vraiment de sa faute. Je la regarde parfois, à travers la fenêtre, s’occuper gentiment de ses plantes ou de ses chats. Elle leur sourit et les caresse même parfois. Elle a l’air bien gentil comme ça. Mais ce n’est qu’une apparence, évidemment, ma voisine est une vraie salope.
Ma voisine est toujours partout chez moi, j’y pense tout le temps, elle m’obsède. Je ne me repose que lorsque je sors. J’ai toujours l’impression qu’elle va frapper à ma porte. Trois petits coups secs. Cette idée ne me quitte jamais. Ma voisine est une obsédée.
Ma voisine crie, s’acharne souvent sur moi. Elle est parfois très excitée. Elle transpire. Elle soupire, je l’entends bien. Elle tape même sur le mur. Des grands coups.
En réalité, elle me reproche tous les bruits habituels que l’on fait chaque jour. Elle voudrait retrouver en ville le silence du désert. Notre cloison est trop fine.

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