La veille du jour des rois, le 6 janvier, les Espagnols organisent la Cavalcada (cavalcade en français) : un défilé des trois mages, et de toutes leurs cours. Montés sur d’immenses chars, ils dansent, chantent, font de la musique, distribuent des bonbons dans les rues et souhaitent la bonne année à la population assemblée. Une grande fête populaire traditionnelle de Barcelone. Les enfants sont excités, turbulents, impatients, presque hystériques et attendent ce moment toute l’année.
Malgré « la crise », les organisateurs ont bien fait les choses : 15 tonnes de bonbons, un défilé de plusieurs centaines de mètres, des milliers de figurants, des costumes somptueux, des chorégraphies soignées, des masques, de la musique entrainante. Des sourires partout, les grands rois barbus, magnifiques de noblesse, souhaitent, en catalan, une bonne année à tous.
Les regards des enfants vers le cortège expriment un émerveillement de joie.
Les adultes aussi sont à la fête, photographient, admirent l’organisation, applaudissent à chaque nouveau char, toujours plus extravagant, à chaque nouvelle féérie. Une ambiance bon enfant.
Et les personnes âgées. C’est avant tout d’une fête traditionnelle, profondément ancrée dans l’histoire régionale. Les vieux ont besoin de bien voir, d’être devant. Les petites veuves, les copains de soixante ans se pressent, trépignent lentement et écrasent un peu leurs petits enfants. A leur époque, pas de bonbons. Et puis un quatrième roi venait à la suite des trois autres apporter du charbon à ceux qui n’avaient pas été sages. A la fin de la cavalcade, d’ailleurs, ce roi satanique défile aussi et lance des charbons sur la foule (en fait des bonbons de réglisse). Que d’histoire !
Cette année, peut-être à cause de l’économie défaillante, les vieilles personnes sont plus entreprenantes qu’à l’accoutumée. Elles bousculent les enfants, leur mettant la main sur l’épaule pour se hisser au-devant d’eux. Les vieux se serrent, applaudissent les rois et empêchent les enfants de voir. Ils dressent leurs cannes pour saluer le cortège, sourires édentés, grosses lunettes, en écartant un peu les jambes pour maintenir les enfants en arrière d’eux, au second rang.
A l’arrivée des premiers lanceurs de bonbons, en tête de cortège, les vieux déploient des parapluies, qu’ils retournent, pour recueillir le maximum de bonbons. Les vieilles, en appui, ouvrent de grands sacs de papier pour stocker.
Rares furent les friandises à échapper à leurs filets. Les enfants, dépités, rentrèrent chez eux en pleurant, mal consolés par leurs parents qui n’avaient pas plus osé que les forces de l’ordre à réprimander leurs aïeux.
Les vieux, faussement inconscients, ricanèrent sous cape le jour des rois en cherchant un dentiste de garde.
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mardi 6 janvier 2009
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