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vendredi 16 janvier 2009

Catherine

Catherine, je l’ai rencontrée à une soirée. Brune, bien proportionnée, un cul d’enfer avec un joli minois. Le portrait craché de Chiara Mastroiani. Je l’ai tout de suite surnommée Chiara. Cela l’a fait sourire. Ce soir-là, elle est venue avec son amant du moment. Ils se sont connus sur les bancs de la faculté d’Histoire de l’Art. Lui, il passe son temps libre à faire les poubelles et les brocantes et à retaper de vieux meubles. Il pense monter son propre atelier. Elle, elle est en thèse.
Avec Catherine, ça a été le coup de foudre. Tout de suite, on a connecté. Elle m’a parlé de son projet de thèse. Elle a en tête de filmer Oradour-sur-Glane. 60 ans après le massacre. Elle est fascinée par le village martyr, sa destruction, l’absence de toute vie et l’omniprésence de la mort. Oradour, son église, ses ruines, ses voitures rouillées, ses rues désertées. Elle veut faire un documentaire sur l’histoire de ce bourg. Cela me plait. Je trouve ça fort de vouloir faire ce témoignage, ce travail de mémoire. Faire parler les morts, donner du sens. J’imagine déjà le film en noir et blanc. Le chemin parcouru lentement par la caméra sur ce spectacle de désolation où seuls les cris taciturnes des victimes se font entendre. Aggrémenté d’images d’archives.
En partant de la soirée nous avons pris le même taxi. Au début, nous avons continué notre discussion avec enthousiasme mais au fur et à mesure que la voiture avançait, les mots se sont faits de plus en plus rares pour finalement laisser place au silence. Elle, assise juste à quelques centimètres de moi, jouant négligemment avec une mèche de cheveux, son visage baigné par la lumière nocturne. Une gueule d’ange. Je sens mon sexe durcir sous mon jean. Arrivé au 27 boulevard Saint-Marcel, on s’arrête. Je lui dis « si ça te dit, on peut aller chez moi ». Elle répond poliment que non. La portière claque. Le taxi m’emporte chez moi, seul avec mes fantasmes.

Nous nous sommes revus plusieurs fois en peu de temps. Mon désir pour elle est chaque fois plus fort. Pourtant je n’essaie pas de la séduire, comme transi par la pureté qu’elle dégage. Nos échanges sont toujours alimentés par nos expériences artistiques, cinématographiques, littéraires. Je passe vraiment de bons moments avec elle.

Samedi dernier, je suis allé dîner chez Nicolas, l’ami qui m’a présenté Catherine. Il m’apprend que Catherine fréquente des militants d’extrème-droite, de jeunes néo-nazis. Je comprends alors que son documentaire sur Oradour, loin d’être un nouveau Nuit et Brouillard, sera une apologie du massacre et de l’horreur.

Je ne verrai plus Catherine.

S.U.

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