Connexion manquée.
C. restait tard au travail. De toutes façons, personne ne l’attendait chez elle. Pas même un poisson rouge à nourrir.
Elle comblait sa solitude en traînant sur ses dossiers. Elle préférait avoir l’air d’une workalcoholique plutôt que d’avouer qu’elle n’avait rien de mieux à faire de sa vie privée.
Elle retardait systématiquement les échéances, prenait des pauses déjeuner interminables et partait après tous ses collègues. Jamais avant 21h.
Le matin, elle n’arrivait pas avant 10h30. Les autres pensaient qu’elle devait avoir eu une soirée bien mouvementée. Si jolie, si pleine d’énergie, ils s’imaginaient qu’elle arrivait si tard parce qu’elle avait enflammé les nuits parisiennes.
La première fois que C. vit A., elle n’y prêta aucune attention. A peine un bonsoir. Pour la politesse.
La seconde fois, C. n’avait plus rien à penser ni à faire, elle lui jeta un regard. Elle lui fit pitié. La France d’en bas. C’était si loin d’elle avec ses 50 KE à 28 ans. Elle ne pouvait pas imaginer que le sort puisse avoir été moins clément avec A. qu’avec elle. Que « ça » pouvait ne pas être un choix.
Les jours suivants, C. se fit la réflexion que A. aurait pu se mettre en valeur. Quelle négligence ! Une bonne coupe de cheveux, un peu de maquillage et une autre tenue que ce triste gris aurait arrangé cette nature qui ne demandait qu’à fleurir. N’avait-elle jamais pensé à demander conseil à un relooking ?
Au fil des mois, l’analyse de A. par C. devenait de plus en plus précise et surtout, accaparait toutes les pensées de C. les cinq soirs de la semaine, lorsqu’elle la croisait dans les open-spaces désertés. Il lui arrivait même d’y penser le week-end et d’attendre avec impatience le lundi pour leur rencontre nocturne. Pourtant C. ne parvenait pas à établir de communication. A. semblait lointaine, tout accaparée par sa tâche.
Un soir, C. eut envie d’adresser la parole à A., prise d’une envie frénétique de partager le vide de sa vie. Les yeux humides, elle allait engager ses confidences, quand A. lui adressa la parole pour lui poser les questions habituelles : « Avez-vous terminé ? Puis-je nettoyer votre bureau ? », sur un ton si distant et mécanique que C. ravala sa salive et, restant dans son rôle de cadre sup, lui répondit : « Oui, vous pouvez également vider la poubelle, et veillez à changer le sac s’il vous plaît. ».
Yaya
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vendredi 16 janvier 2009
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