Ce soir, je suis sorti à l’Opéra avec ma femme. Nous nous sommes habillés, peignés, brillants, bien apprêtés.
En descendant mon escalier, une sensation de légèreté, de grande forme surprenante à cette heure. « L’excitation de l’Opéra », pensé-je. Mes chaussures trop neuves glissaient sur le trottoir, mais personne ne le remarquait. Seule ma femme doutait parfois de ma stabilité réelle.
Arrivant aux abords de l’Opéra Bastille, je me sentis de plus en plus léger. La foule pressée devant les marches attendait l’ouverture du spectacle. Je lisais à haute voix, en flottant un peu au-dessus du sol, le prospectus consacré à cette 3è Symphonie de Gustav Mahler :
« John Neumeier dessine la danse de Nicolas Leriche pour traduire l'univers tourmenté du compositeur : la condition de l'Homme, son lien à la Nature, son exaltation devant l’Amour et la Conscience de sa Fragilité, la Solitude, la Nostalgie, l'Espoir ».
De plus en plus léger. Un de mes pas ne toucha pas le sol et je décollai soudain, laissant derrière moi mon épouse stupéfaite. Elle cria, les gens se retournèrent pour me voir m’envoler au-dessus d’eux, de la grande place de la Bastille, vers les toits, puis au-delà, vers le ciel de la nuit, les bras écartés.
Pour ma part, très à l’aise : pas de vertige, une grande joie. Je volais presque naturellement et une fois passée la surprise du décollage, je continuai vers la place de la Nation, d’en haut. Je tournai vers la droite puis longeai la Seine, suivant son cours vers l’Ouest. Un silence impensable au-dessus de toutes ces lumières. Je riais, les yeux plissés par la vitesse.
Je voyais les petits hommes pressés, les touts petits chiens faire leurs besoins, les magasins, les voitures, les immeubles, les ruelles et les boulevards, les places, la Seine sous moi. La Mairie de Paris, flèches et drapeaux dehors, toutes lumières. Grands rideaux aux fenêtres. Le BHV et son toit de dessin animé. La Préfecture de Police. Notre-Dame par derrière.
J’allais très vite, je montais et descendais, de plus en plus vite. Je fonçais désormais sur la Pyramide du Louvre, à Très Grande Vitesse. Je sentis alors le danger, la perte de contrôle sur mon propre vol. Complètement déstabilisé. J’allais bientôt entrer de plein fouet dans la verrière, explosant les immenses carreaux, vitrifié dans un grand bruit mat et violent. Les touristes japonais furent ma dernière vision avant le Grand Trou Noir.
J’ouvris les yeux. Des applaudissements. Me femme à côté de moi se levait, en souriant. Elle me regarda et dit, experte de la Danse :
« Je n’ai jamais vu un aussi beau spectacle ».
Julius
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lundi 2 mars 2009
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un très beau texte rythmé, léger. Une véritable liberté d'écriture. Merci Julius
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